Absence
Il arrive parfois que tu désires, que tu cherches à voir quelqu’un, quelque chose et que tu vois ce que tu désires.
Il arrive que tu sois ici sans l’être et ailleurs, sans le vouloir.
Il arrive que ton esprit te joue le tour de la certitude absolue. Que sur le rythme d’un pas, sur la trajectoire d’un geste, un mouvement à peine perçu, sur les contours d’une silhouette dans la foule, un trait sur un visage, une atmosphère, une certaine lumière te font reconnaitre une personne familière sur le visage d’un inconnu.
Il arrive que tu t’excuses, plein d’émotion, l’instant d’après ; tu t’es glissé dans la fissure entre l’ici et le maintenant pour partir ailleurs.
Il arrive que tu t’arrêtes pour être là, que tu te lèves de la chaise pour revenir dans la pièce.
Vesna Stefanovska créé le cycle Absence peu après la chute du Mur de Berlin, l’éclatement de la Yougoslavie, la guerre en Bosnie, l’indépendance de la Macédoine, la révolution de velours en République Tchèque, l’espace Schengen, les transitions, les privatisations, l’ouverture au marché libre et au pluralisme, la fermeture des frontières… pour ne citer que les évènements les plus marquants. Les cadres éclatent, les règles changent, tout est en transformation et elle en prend conscience. Sans qu’elle se déplace, son pays a changé de nom, de taille, de situation, d’identité. Elle est étrangère à l’étranger mais avec chaque journée d’absence, elle en devient une aussi, chez elle.
Son sujet – l’absence, et donc la présence (la présence ailleurs) – aborde la façon dont nous interagissons avec l’environnement. Si auparavant la forme, la taille et l’exposition dans l’espace lui importaient, elle les laisse ici neutres. L’artiste se concentre davantage sur la différence entre la nature de l’espace, son contenu, sa dynamique, son énergie. L’œuvre est interactive en filigrane : chaque fois que le spectateur passe devant le vidéoprojecteur, il projette une ombre, et chaque fois qu’il passe devant la superficie réfléchissante, il projette sa propre image. Sans forcément comprendre pourquoi son ombre se projette là où elle se projette. De la même manière que l’on ne connaît pas toujours les règles lorsqu’on change d’environnement.
Vesna utilise la vidéo-projection des deux yeux, le gauche et le droit, qui clignent. Les projections sont disposées dans la pièce de manière symétrique et au milieu, afin d’empêcher le spectateur d’échapper à son propre regard. Le spectateur se fait observer par l’œuvre en se regardant lui-même ; il se retrouve ainsi au centre de l’installation et devient son sujet.
Par ces jeux de réflexions, le regard du spectateur polarise l’œuvre : selon la nature de son regard, il vit une expérience agréable ou désagréable, il est présent ou absent. C’est une interaction subtile, invisible.








